LinkedIn veut vous aider à "tisser des liens" et à gagner de l'argent. On regarde ça de près.
70 %. C'est la hausse du nombre de fondateurs et fondatrices référencés sur LinkedIn depuis quelques années. Vous m'avez bien lu. Pas 7 %. Septante. Et LinkedIn, qui surveille ses propres données mieux que personne, a décidé que c'était le bon moment pour sortir un paquet de nouvelles fonctionnalités. Publiées le 15 octobre 2026, elles visent trois choses : nouer des relations utiles, développer une activité parallèle, et toucher de l'argent directement sur la plateforme.
Est-ce que c'est révolutionnaire ? Non. Est-ce que c'est intéressant ? Oui, à condition de savoir ce qu'on cherche.
Voilà ce que LinkedIn a sorti, et ce que ça vaut vraiment.
Un nouveau fil "Network" et des cartes de visite numériques personnalisées
LinkedIn introduit en 2026 un fil réseau dédié ("Network feed"), distinct du fil principal, conçu pour centraliser les actualités de vos contacts directs plutôt que de vous noyer dans du contenu sponsorisé ou viral. Concrètement, vous voyez ce que font les gens que vous connaissez, pas ceux que l'algorithme a décidé que vous devriez connaître.
Bonne idée sur le papier. On verra si l'algorithme résiste à la tentation de le monétiser dans six mois.
À ça s'ajoutent deux nouveautés qu'on attendait depuis longtemps : des cartes de visite numériques personnalisables et des notes de connexion enrichies. La carte de visite numérique LinkedIn, c'est ce que vous partagez quand vous rencontrez quelqu'un, avec votre photo, votre titre, votre lien de profil. Personnalisable, donc potentiellement moins générique que le QR code actuel.
Les notes de connexion, elles, permettent de contextualiser une demande de mise en relation : pourquoi vous contactez cette personne, dans quel cadre, ce que vous cherchez. Ce que les utilisateurs un peu sérieux faisaient déjà dans le champ de 300 caractères existant, mais apparemment pas assez.
Ce qui frappe, c'est que ces fonctionnalités répondent toutes au même problème : LinkedIn est devenu un réseau où personne ne se parle vraiment. On consomme du contenu, on "like", on partage des posts inspirationnels sur la résilience. La mise en relation réelle, celle qui débouche sur quelque chose, s'est perdue en route. Ces outils essaient de la ramener. Avec plus ou moins de naïveté.
Les "Advice Sessions" : du conseil en one-to-one, tarifé par vous
Les Advice Sessions (sessions de conseil) sont la nouveauté la plus substantielle de ce lot. Le principe est simple : vous proposez des sessions individuelles de conseil ou d'expertise, vous fixez vous-même votre tarif, et LinkedIn gère la prise de rendez-vous et le paiement directement sur la plateforme.
Pas besoin de Calendly, de Stripe, de lien externe, de relances par email. Tout se passe dans l'écosystème LinkedIn. C'est là que les gens sont déjà. C'est là que votre crédibilité est visible. La logique est cohérente.
Qui est concerné ? Les coachs, les consultants indépendants, les profils experts qui monétisent déjà leur temps ailleurs et qui pourraient rapatrier une partie de cette activité ici. Les "side hustlers", comme dit le communiqué officiel de LinkedIn, mot qu'on ne traduira pas parce qu'il n'existe pas d'équivalent français qui ne soit pas ridicule. Les gens qui ont un boulot à côté de leur boulot, disons.
Ce que LinkedIn ne dit pas clairement : sa commission. Ce sera le vrai sujet dans les mois qui viennent.
Les In-Stream Ads : LinkedIn paie les créateurs (enfin)
Les In-Stream Ads (publicités intégrées au flux) permettent aux créateurs de contenu vidéo sur LinkedIn de monétiser leur audience via des annonces insérées directement dans leurs vidéos, sur le modèle de ce que YouTube fait depuis des années.
YouTube. Des années. Ça donne une idée du retard.
Cela dit, le modèle existe, il fonctionne, et LinkedIn a quelque chose que YouTube n'a pas : une audience professionnelle qualifiée, des annonceurs BtoB avec des budgets confortables, et un ciblage qui peut aller très loin dans la granularité (secteur, poste, séniorité, entreprise). Pour un créateur qui produit du contenu à destination des décideurs, des RH, des DSI ou des DAF, c'est potentiellement plus rentable que n'importe quelle autre plateforme.
Potentiellement. Le diable sera dans les CPM réels et les seuils d'éligibilité, que LinkedIn n'a pas encore communiqués publiquement.
Un tableau de bord unifié pour tout gérer
LinkedIn déploie également un dashboard tout-en-un (tableau de bord unifié) qui centralise la gestion des Advice Sessions, le suivi des revenus générés via les In-Stream Ads, et les analytics d'audience. L'idée : ne plus naviguer entre cinq menus différents pour comprendre ce qui rapporte et ce qui ne rapporte pas.
C'est la fonctionnalité la moins glamour du lot. C'est probablement la plus utile.
Parce que le problème des créateurs sur LinkedIn jusqu'ici, c'est exactement ça : une dispersion totale des données. Vous saviez vaguement combien de vues vous aviez. Vous ne saviez pas grand-chose de plus. Avec un vrai tableau de bord, la question "est-ce que ça vaut le coup de continuer ?" devient enfin quantifiable.
Ce que ça change vraiment, et pour qui
Soyons honnêtes. Ces fonctionnalités ne vont pas transformer un compte LinkedIn poussiéreux en machine à cash. Elles s'adressent à des profils qui ont déjà du contenu, déjà une audience, déjà une offre de service, et qui cherchent à consolider leur présence sur une seule plateforme plutôt que de jongler entre dix outils.
Les profils qui ont tout à gagner :
- Les consultants indépendants avec une expertise identifiée et une audience existante, même modeste.
- Les créateurs de contenu vidéo BtoB qui publient régulièrement et veulent monétiser sans passer par YouTube ou Substack.
- Les dirigeants et professionnels de la formation qui vendent déjà du conseil à l'heure et qui peuvent rapatrier ce flux sur LinkedIn.
- Les fondateurs de startups qui cherchent à construire une audience autour de leur domaine avant même que leur produit soit finalisé.
Les profils qui peuvent passer leur chemin pour l'instant : tous ceux qui n'ont pas encore de positionnement clair. Ces outils amplifient ce qui existe déjà. Ils ne créent rien à partir de rien.
LinkedIn devient-il une plateforme de revenus crédible ?
LinkedIn est une plateforme de revenus crédible pour les profils experts en 2026, à condition d'avoir une audience engagée et une offre de service définie. Ce n'est pas encore Substack, pas encore YouTube, mais c'est la plateforme professionnelle la mieux positionnée pour agréger monétisation et crédibilité au même endroit.
La vraie question, celle que personne dans le communiqué de presse ne pose, c'est celle de la dépendance. Chaque euro que vous encaissez via LinkedIn est un euro qui passe par l'infrastructure, les CGU, et les décisions de modération de Microsoft (propriétaire de LinkedIn depuis 2016). Si demain LinkedIn change son algorithme, ses taux de commission, ou ses règles d'éligibilité aux In-Stream Ads, votre modèle économique trinque avec.
Ce n'est pas une raison de ne pas utiliser ces outils. C'est une raison de ne pas en faire votre seule source de revenus.
À nous de construire là-dessus sans tout miser dessus. À nous de tester, de mesurer, de garder un œil sur ce que LinkedIn prend au passage. À nous de rester propriétaires de notre audience, même si la plateforme nous prête ses tuyaux.
À très vite,
SJ