Plus de vingt annonces au DevDay d'OpenAI. Vingt. Et parmi elles, plusieurs qui méritent qu'on s'arrête, parce qu'elles ne ressemblent pas à un simple ajout de fonctionnalité. Elles ressemblent à une déclaration de guerre. À Microsoft. À Google. À tout ce qu'on appelle encore pompeusement "suite bureautique".
OpenAI vient d'annoncer ChatGPT Space, Pages et un éditeur de présentations. Traduction : l'entreprise se construit sa propre suite collaborative, intégralement pilotée par l'IA, sans qu'on ait besoin de sortir de ChatGPT une seule seconde.
Bienvenue dans le monde où votre assistant rédige, partage, révise et met à jour vos documents à votre place. Et où Microsoft 365 commence à transpirer.
ChatGPT Space : un espace d'équipe qui pense avec vous
ChatGPT Space est le nouveau hub collaboratif d'OpenAI qui centralise pages, fichiers, présentations et feuilles de calcul directement dans ChatGPT, en remplacement de l'ancienne Bibliothèque. Une équipe crée son espace, y invite ses membres, y décrit ses projets et ses priorités. ChatGPT, Codex et les "dots" (les nouveaux agents autonomes d'OpenAI) s'appuient ensuite sur ce contexte partagé dès qu'un membre les sollicite.
OpenAI formule ça comme ça :
Ajoutez votre équipe à un espace dédié où chacun, y compris ChatGPT, peut s'appuyer sur des objectifs communs et le travail passé pour prolonger ce que vous avez accompli ensemble.
En clair : l'IA connaît vos priorités, vos projets en cours, ce que vous avez déjà produit. Elle ne part pas de zéro à chaque conversation. Elle s'inscrit dans la continuité de votre boulot.
Les collaborateurs peuvent être regroupés en équipes. Partager une page ou une présentation revient à sélectionner l'équipe, et tout le monde y a accès immédiatement. Mieux : on peut confier à ChatGPT des tâches récurrentes. Un point hebdomadaire sur un projet, par exemple. L'IA l'exécute à intervalle fixe, ou quand un événement précis survient (un email entrant, un message Slack). Et quand les priorités changent, l'équipe ajuste les consignes.
Un plugin Réunions complète l'ensemble. Il enregistre l'audio, range les notes dans Space (privées ou partagées selon le choix), et extrait les décisions et les prochaines étapes à partir du contexte collectif. Après un point d'équipe, il peut reporter dans le plan de projet les blocages, les décisions prises, les changements. Automatiquement.
Voilà.
Pages : le document qui se met à jour tout seul
Pages est un nouveau format de document conçu nativement pour le travail avec des agents IA. Plans de projet, rapports, prototypes, tableaux de bord interactifs : "tout ce que vous pouvez faire avec ChatGPT, vous pouvez le faire sur une page", résume OpenAI. Sans fioritures.
Plusieurs personnes peuvent modifier la même page en simultané, chacune avec son propre ChatGPT actif. Les commentaires permettent de mentionner l'IA ou un agent pour lui confier une révision ou l'étape suivante directement dans le document. C'est collaboratif. C'est fluide. Et c'est là où ça devient vraiment intéressant.
Une page peut s'actualiser automatiquement à partir des outils connectés : Slack, emails, agenda. ChatGPT ou un dot garde le document à jour quand les priorités évoluent, selon des instructions que vous définissez (quoi mettre à jour, avec quelles sources, à quel rythme).
Un point de vigilance, qu'OpenAI mentionne elle-même : partager une page ne donne pas accès aux conversations privées ni à la mémoire personnelle de son auteur. En revanche, ce que ChatGPT y écrit à partir de cette mémoire devient visible pour les autres participants. "Relisez le contenu avant de le partager", recommande l'entreprise. C'est la moindre des choses. Mais ça mérite d'être dit.
Les diapositives arrivent. Bientôt. Promis.
OpenAI annonce aussi un éditeur de présentations collaboratif. Graphiques natifs modifiables, texte, formes, images : les diapositives se construisent depuis une conversation ou à partir du modèle de l'équipe. Plusieurs collaborateurs travaillent en simultané, peuvent commenter ou annoter les passages à retoucher par ChatGPT. Une fois terminée, la présentation se projette depuis ChatGPT ou s'exporte vers PowerPoint ou Google Slides, mise en forme comprise.
Sauf que.
Les diapositives et les feuilles de calcul collaboratives sont "annoncées pour bientôt". Sans date précise. La formule classique qui signifie : pas encore là, mais on vous en parle quand même pour que vous y pensiez. Bilan.
Voici ce qui est disponible, concrètement, et pour qui :
- Space et Pages sont réservés aux offres Pro, Business et Enterprise. Gratuit, Go et Plus : dehors.
- Sur le web et l'application desktop, les pages se créent, modifient et partagent pleinement.
- Sur mobile, on peut les retrouver, les lire et les partager. L'édition et la collaboration arriveront "plus tard".
- Les équipes et les tâches partagées sont réservées aux offres Business et Enterprise.
- Le plugin Réunions est en bêta sur Pro et Business, uniquement sur macOS desktop. Son arrivée sur Enterprise est annoncée "bientôt".
- Sur Business et Enterprise, le partage respecte les règles fixées par les administrateurs, et OpenAI n'entraîne pas ses modèles sur ces données par défaut.
OpenAI suit Anthropic, et tous les deux visent la même cible
OpenAI n'est pas la première à tenter le coup. Anthropic avait pris le même chemin mi-septembre 2025 avec Claude Docs et Claude Slides : création de documents et de présentations depuis la conversation, édition collaborative, export PowerPoint ou PDF. La logique est identique chez les deux éditeurs : rédiger, partager, réviser sans jamais quitter l'assistant.
Ces nouveaux outils s'inscrivent dans la continuité de ChatGPT Work, l'agent lancé en juillet pour concurrencer Claude Cowork (Anthropic). Il produisait déjà des documents, des présentations et des tableurs de bout en bout. Space leur offre désormais un espace partagé où humains et agents retravaillent ensemble.
La cible est claire : Microsoft 365 et Google Workspace (Alphabet). Les deux géants qui s'appuient respectivement sur Microsoft Copilot et Google Gemini pour intégrer l'IA dans leurs suites. Sauf qu'OpenAI et Anthropic ne cherchent pas à s'intégrer à leurs outils. Ils cherchent à les remplacer. Tout en maintenant l'export vers PowerPoint, histoire de ne pas couper les ponts trop brutalement.
Ça s'appelle prendre quelqu'un en tenaille tout en lui tendant la main. Les grands classiques.
Ce qui se joue ici n'est pas anecdotique. Si ChatGPT Space tient ses promesses, une équipe entière pourrait théoriquement travailler, collaborer, automatiser ses tâches récurrentes et produire ses livrables sans ouvrir une seule application tierce. Plus de Word. Plus de Slides. Plus de Notion. Juste ChatGPT, ouvert dans un onglet, qui fait tout.
Est-ce que ça marchera vraiment comme ça en pratique ? Les bêtas fermées ne le diront pas. Les premières semaines d'usage non plus. Mais la direction est posée. Et Microsoft et Google ont maintenant deux adversaires sérieux qui ne jouent plus dans leur cour. Ils construisent la leur.
À très vite,
SJ