Instagram et le contrôle de l'algorithme : la fausse bonne idée de Mosseri
Adam Mosseri a encore sorti sa grande cape de bienfaiteur. Cette semaine, Instagram annonce qu'il teste de nouvelles façons de donner aux utilisateurs le contrôle sur leur algorithme. Plus d'options, plus d'accès, plus de transparence. Beau programme. Sauf que si vous avez déjà passé cinq minutes à comprendre comment fonctionne réellement la plateforme, vous savez déjà où ça va finir.
Rappel du contexte pour ceux qui débarquent : Instagram propose depuis un moment un outil appelé Your Algorithm (« Votre algorithme »), progressivement déployé à tous les utilisateurs. Il permet, en théorie, d'ajouter ou de supprimer des sujets que le système vous a attribués en fonction de vos interactions. Mosseri veut maintenant rendre cet outil plus visible, plus accessible, plus… présent.
Quatre nouvelles portes d'entrée vers le même couloir vide
Concrètement, Instagram expérimente quatre pistes. Première : glisser l'écran vers le bas depuis l'accueil pour ouvrir le panneau Your Algorithm. Deuxième : insérer un accès direct au contrôle des sujets entre deux Reels, en plein scroll. Troisième : des boutons dans la barre de navigation basse pour signaler si un Reel vous intéresse ou non. Quatrième, et c'est la plus ambitieuse sur le papier : des prompts conversationnels pour affiner ses recommandations sans avoir à nommer des thèmes précis.
Sur ce dernier point, Mosseri formule une vision qui se veut poétique : il veut que l'algorithme « ressemble à quelque chose à qui vous parlez plutôt qu'à quelque chose qui vous arrive. »
Très bien. Charmant. Mais permettez-moi de vous poser une question simple.
Combien d'entre vous ont déjà utilisé Your Algorithm une seule fois ?
Voilà.
Ce n'est pas une question rhétorique. C'est le cœur du problème, et Mosseri le sait aussi bien que vous. L'outil existe. Personne ou presque ne l'utilise. Ajouter quatre nouvelles portes d'entrée vers une pièce que les gens ne visitent pas ne résout rien, ça déplace juste le problème.
On a vu ce mécanisme à l'œuvre des dizaines de fois : sécurité des comptes, protection des données, paramètres de confidentialité, préférences de fil. Les utilisateurs réclament ces options à cor et à cri. Les plateformes les fournissent. Et ensuite ? La majorité des gens ne touchent à rien. Pas par paresse, d'ailleurs, plutôt parce que l'algorithme, à force d'entraînement, a fini par devenir suffisamment bon pour qu'on ne ressente plus le besoin de le corriger à la main. TikTok a consolidé ce réflexe : vous ouvrez l'appli, vous scrollez, le système apprend. Paramétrer quoi que ce soit, c'est pour les geeks.
La vraie demande, Meta ne veut pas l'entendre
Il y a un silence assourdissant dans l'annonce de Mosseri. De nombreux utilisateurs d'Instagram réclament depuis des années une chose précise, simple, qui n'a rien de révolutionnaire : un fil chronologique qui n'affiche que les comptes qu'ils ont choisi de suivre. Rien de plus. Pas de recommandations. Pas de contenu suggéré. Juste les gens qu'ils ont sélectionnés.
Meta ne donnera pas ça. Pas vraiment. Parce que les fils définis par algorithme génèrent infiniment plus d'engagement, donc infiniment plus de revenus publicitaires, que les fils contrôlés par l'utilisateur. C'est mathématique. C'est aussi cynique que ça en a l'air.
Alors ce qu'on a à la place, c'est de l'illusion de contrôle. Bien emballée, bien communiquée, bien relayée par des articles (dont celui-ci, soyons honnêtes). Une soupape de pression pour calmer ceux qui se plaignent, sans toucher au modèle économique d'un centimètre.
Bonjour le foutage de gueule.
Meta ne prendra aucun risque qui coûte de l'argent
Soyons précis : il est même probable que si Meta constatait que l'usage massif de ces outils de contrôle réduisait le temps passé sur l'appli, ces outils deviendraient subitement beaucoup moins accessibles. La philanthropie algorithmique a ses limites, et elles s'arrêtent exactement là où commencent les pertes de revenus.
Ça ne veut pas dire que ces nouvelles fonctionnalités sont inutiles sur Instagram. Pour les utilisateurs qui prennent le temps de s'en emparer et il en existe, même s'ils sont minoritaires, elles peuvent réellement améliorer l'expérience. Les prompts conversationnels, en particulier, sont une idée intéressante : parler à l'algorithme plutôt que de remplir des cases à cocher, c'est une interface plus humaine, potentiellement plus efficace.
Mais à l'échelle de la plateforme ? C'est de la communication de crise habillée en innovation produit.
À Meta de nous prouver le contraire. À vous de ne pas vous laisser convaincre trop vite.
À très vite,
SJ