Dimanche 14 juin 2026 — Actualités Réseaux Sociaux
— LIVE
Interdiction des réseaux sociaux en Australie : un bilan mitigé
Accueil Voir tout Interdiction des réseaux sociaux en Australie : un…
Voir tout

Interdiction des réseaux sociaux en Australie : un bilan mitigé

L'interdiction des réseaux sociaux en Australie rate sa cible : 7 parents sur 10 confirment que leurs ados sont toujours connectés, six mois après la loi.

Stéphanie Jouin
Stéphanie Jouin
Rédactrice en chef
4 min de lecture

L'Australie a interdit les réseaux sociaux aux ados. Six mois plus tard, les ados sont toujours sur les réseaux sociaux.

Voilà. C'est le résumé. Vous pouvez vous rasseoir.

En novembre dernier, l'Australie est devenue le premier pays au monde à bannir les réseaux sociaux pour tous les enfants de moins de 16 ans. Une loi historique, saluée partout, brandée comme un modèle. Gouvernements du monde entier aux aguets. Macron qui prend des notes. Kanishka Narayan, le ministre britannique chargé de l'intelligence artificielle et de la sécurité en ligne, qui fait le déplacement à Sydney pour étudier le dispositif de près.

Et le résultat, six mois après l'entrée en vigueur ? Sept parents sur dix ayant des enfants actifs sur les plateformes déclarent que leurs adolescents les utilisent toujours. C'est la commission australienne de la sécurité en ligne elle-même, l'organisme chargé de faire respecter la loi, qui publie ces chiffres. D'autres enquêtes indépendantes arrivent aux mêmes conclusions.

Sept sur dix.

La fausse moustache et autres techniques avancées de contournement

Les jeunes ont su être créatifs, c'est le moins qu'on puisse dire. Peu ont réellement perdu leur compte. Ceux qui l'ont perdu en ont recréé un sans difficulté particulière, selon les témoignages recueillis par le New York Times. Date de naissance falsifiée. Usurpation via les comptes des parents ou des frères et sœurs. Et mon préféré, fausse moustache pour déjouer les vérifications d'âge biométriques.

Je ne plaisante pas.

Rappelons quand même que sur la plupart des plateformes visées, Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok, YouTube, l'âge minimum est déjà fixé à 13 ans. Il est « rarement appliqué », note sobrement le Times. Rarement. On a donc construit une nouvelle loi sur les ruines d'une règle que personne ne respectait déjà. Bonjour le foutage de gueule.

Alors à quoi ça sert ?

À la prochaine génération, répondent certains. C'est l'argument qui circule en Australie, et il n'est pas idiot : le vrai bénéfice de la loi ne concernerait pas les ados de 13-16 ans déjà accros à leur feed, mais les gosses de 6, 7, 8 ans aujourd'hui, ceux qui grandiront sans jamais avoir eu accès aux plateformes dès le départ.

C'est un argument de long terme dans un débat qui veut des résultats immédiats. On peut comprendre la frustration.

Dany Elachi, père de cinq enfants à Sydney, a monté un groupe d'entraide parentale avant même l'adoption du texte — principalement des parents d'enfants en primaire, mobilisés pour résister à la pression du smartphone. Dans son groupe, la déception face à l'absence d'effet immédiat est bien réelle. Mais il maintient sa position : « Les parents se rendent compte que [cette loi] n'est qu'une pièce du puzzle pour protéger la prochaine génération d'enfants de la dépendance. » Le changement doit venir des foyers, dit-il. Et le gouvernement doit responsabiliser les entreprises technologiques.

Sur ce dernier point, le gouvernement australien semble enfin bouger. Il souhaite faire peser davantage la charge sur les géants de la tech, en les exposant à des amendes allant jusqu'à 34,8 millions de dollars soit environ 30 millions d'euros. La commission de la sécurité en ligne mène actuellement son enquête sur cinq plateformes : Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok et YouTube. Des mesures coercitives pourraient tomber dans les prochaines semaines.

C'est ça, la vraie question. Pas « est-ce que les ados contournent la loi ? » évidemment qu'ils la contournent, ce sont des ados, c'est leur boulot. La vraie question, c'est : est-ce qu'on fait enfin payer les plateformes qui ont construit leur modèle économique sur l'addiction des mineurs, ou est-ce qu'on continue à faire peser la responsabilité sur des parents épuisés et des gosses de 14 ans plus malins que les algorithmes de vérification d'âge ?

À nous d'exiger la réponse. À nous de ne pas lâcher le morceau. À nous de regarder ce qui se passe à Sydney non pas comme un échec à moquer, mais comme un chantier dont on ferait bien de s'inspirer en faisant mieux.

À très vite,

SJ

PS : L'IA prendra le relai

Recevez nos actus en priorité sur Google

Ajoutez VU Magazine à vos sources préférées et retrouvez nos articles en haut de vos recherches Google Actualités.

Ajouter VU Magazine comme source préférée sur Google
Stéphanie Jouin
Stéphanie Jouin
Rédactrice en chef

Stéphanie Jouin est une entrepreneure française spécialisée des réseaux sociaux et communication. Elle accompagne les entreprises dans leur croissance via des stratégies de contenu, les outils no-code, avec une approche orientée performance et résultats.

L'actualité Social Media
directement dans votre boîte.

La newsletter mensuelle lue par les pros des réseaux sociaux en France. Analyses, tendances et outils.

Gratuit · Mensuel · Désabonnement en 1 clic · +8 500 abonnés

Avril 2026
Instagram
Benchmarks 2026 : -42% portée organique
LinkedIn
Pourquoi vos posts ne fonctionnent plus
TikTok
Trend Bridgerton explose le feed
Breaking
Snapchat ferme Bitmoji