Plusieurs régions du monde durcissent leurs restrictions d'accès aux réseaux sociaux pour les mineurs. Meta multiplie les annonces pour démontrer son engagement. Cette semaine, l'entreprise a dévoilé un ensemble de nouvelles mesures visant à mieux détecter et exclure les utilisateurs trop jeunes.
Une IA qui analyse les photos et vidéos pour estimer l'âge
Le dispositif central repose sur une analyse visuelle pilotée par l'intelligence artificielle. Le système scrute les photos et vidéos publiées pour y repérer des indices visuels liés à l'âge : morphologie générale, stature, structure osseuse. Meta précise : « Notre IA examine des thèmes généraux et des indices visuels par exemple la taille ou la structure osseuse pour estimer l'âge approximatif d'une personne. Elle n'identifie pas l'individu présent dans l'image. En combinant ces données visuelles avec notre analyse des textes et des interactions, nous pouvons significativement augmenter le nombre de comptes de mineurs identifiés et supprimés. »
Meta a répété à plusieurs reprises que cette technologie n'est pas de la reconnaissance faciale. Le rappel n'est pas anodin : en 2021, la firme avait dû abandonner ses systèmes de reconnaissance faciale sur Facebook, sous la pression des utilisateurs, notamment autour du marquage automatique sur les photos.
Des signaux textuels déjà existants, désormais étendus
Cette nouvelle couche vient s'ajouter aux mécanismes déjà en place : analyse des profils à la recherche de mentions d'anniversaires ou de niveaux scolaires, surveillance des posts, commentaires, bios et légendes. Meta indique étendre cette technologie à de nouveaux espaces, Instagram Reels, Instagram Live et les groupes Facebook. Si un compte est suspecté d'appartenir à un mineur, il est désactivé jusqu'à vérification de l'âge ; faute de quoi, il est supprimé.
Signalement simplifié et déploiement international
Meta facilite également le signalement des comptes suspects par les utilisateurs, avec un traitement accéléré par l'IA. Des outils améliorés permettront aussi de détecter les comptes bannis qui tentent de se recréer sous une nouvelle identité. La technologie de détection proactive des comptes ados, déjà active dans certaines régions, sera déployée au Brésil et dans 27 pays supplémentaires au sein de l'Union européenne. Aux États-Unis, les parents verront apparaître des invites sur Facebook et Instagram pour vérifier et confirmer l'âge déclaré de leurs enfants.
Une pression réglementaire qui s'intensifie
Ces annonces arrivent dans un contexte de tensions croissantes. Le mois dernier, la Commission européenne a publié les conclusions préliminaires de son enquête sur Meta : les systèmes actuels de vérification de l'âge ont été jugés insuffisants et non conformes au règlement sur les services numériques (DSA). Par ailleurs, Meta a récemment menacé de retirer ses applications du Nouveau-Mexique, après que l'État a proposé des sanctions renforcées en cas de manquement à la protection des mineurs.
Des limites que Meta ne peut pas ignorer
Aucun système de vérification de l'âge n'est infaillible. Les jeunes utilisateurs, à l'aise avec le numérique, trouvent rapidement des contournements : VPN, mais aussi, selon un récent rapport d'Internet Matters au Royaume-Uni, des astuces aussi basiques que se dessiner une moustache pour tromper les outils de détection visuelle. En Australie, où l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans est entrée en vigueur en décembre dernier, les premiers bilans sont décevants : la majorité des enfants concernés continuaient d'accéder aux plateformes, sans que les sanctions accrues changent la donne.
C'est probablement pour cette raison que Meta évite de s'engager sur des objectifs contraignants. L'entreprise sait qu'elle ne peut pas garantir une étanchéité totale. Plutôt que des interdictions globales assorties de pénalités aveugles, une approche combinant mesures techniques, collaboration avec les plateformes et éducation au numérique semble plus à même de produire des résultats durables.
Meta renforce ses protocoles de détection des mineurs sur ses plateformes en combinant analyse visuelle par IA, signaux textuels et données comportementales, une approche qui témoigne d'une pression réglementaire mondiale croissante. Restez attentif aux paramètres de confidentialité des comptes de vos enfants et vérifiez régulièrement leur âge déclaré sur chaque application. Interrogez votre entourage sur leurs pratiques de surveillance parentale numérique, car les outils évoluent plus vite que les usages.