Trump va vendre l'accès à ses tweets en avant-première. Parce que « les marchés bougent en fonction ».
Prenez une seconde pour mesurer ce que ça signifie. Le président des États-Unis monétise sa parole de chef d'État. Pas métaphoriquement. Pas indirectement. Littéralement : si vous payez, vous lisez ses posts sur Truth Social avant les autres. Et si vous ne payez pas, vous pouvez toujours attendre que les marchés aient déjà bougé.
Voilà.
Une API pour les traders, un conflit d'intérêts pour tout le monde
Une API (Application Programming Interface) est un protocole qui permet à deux systèmes informatiques d'échanger des données en temps réel, sans intervention humaine. Concrètement : dès que Trump publie quelque chose sur Truth Social, un algorithme de trading peut le lire, l'analyser et passer des ordres en bourse avant que vous ayez fini de déverrouiller votre téléphone. Trump Media and Technology Group a annoncé le lancement de ce service le 1er août 2026, ciblant explicitement les traders et les médias financiers qui jouent sur des marges de quelques secondes.
Kevin McGurn, directeur général par intérim de Trump Media and Technology Group, a assumé la chose sans sourciller : « Les marchés bougent déjà en fonction des publications sur Truth Social. » C'est vrai. Et c'est précisément le problème.
Parce que là, on ne parle plus d'un homme politique qui a du poids médiatique. On parle d'un président qui crée un produit commercial adossé à ce poids. Qui facture l'accès prioritaire à une information susceptible de faire bouger le Nasdaq. Bonjour le conflit d'intérêts.
1,2 milliard de dollars en cryptos, et maintenant ça
Ce n'est pas la première fois que Trump transforme sa présidence en ligne de revenus. D'après des documents rendus publics en juin 2025, Donald Trump a gagné au moins 1,2 milliard de dollars grâce à ses activités dans les cryptomonnaies au cours de sa présidence.
1,2 milliard.
Pas un à-côté. Pas un investissement d'avant-mandat. Des gains réalisés pendant qu'il occupait la Maison-Blanche et signait des décrets sur la régulation des cryptos.
La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a qualifié ce nouvel outil de « tentative flagrante de tirer des profits de la présidence et d'enrichir Wall Street tout en ne faisant rien pour aider les Américains ». C'est une façon polie de dire ce que beaucoup pensent tout bas. Je la laisse à sa politesse.
Truth Social, né d'un bannissement, devenu outil de pouvoir financier
Petit rappel historique pour ceux qui auraient décroché. Trump a créé Truth Social après que Twitter (aujourd'hui rebaptisé X par Elon Musk) l'a banni en janvier 2021, au lendemain de l'assaut du Capitole par une partie de ses partisans qui refusaient d'accepter sa défaite à l'élection présidentielle de 2020. Depuis, il utilise la plateforme pour ses annonces politiques majeures : nominations, décisions commerciales, déclarations de guerre économique, revirements diplomatiques à 3h du matin.
Ce que Trump a compris avant tout le monde, c'est que sa parole est elle-même un actif financier. Une annonce sur Truth Social peut faire plonger une devise, flamber un secteur, ou faire imploser les obligations d'État d'un pays dont il vient de lâcher le nom. Vendre l'accès prioritaire à cette parole, c'est transformer la fonction présidentielle en terminal Bloomberg privatisé.
D'autres réseaux, à commencer par X, proposent déjà des API payantes à leurs données. Mais X n'est pas dirigé par un président en exercice. C'est la différence que beaucoup feignent de ne pas voir.
La question n'est pas de savoir si c'est légal. La question est de savoir jusqu'où on est collectivement prêts à laisser aller ça, et combien ça va coûter, pour le moment aucun tarif officiel n'a été communiqué.
À très vite,
SJ