X vient d'annoncer que les créateurs américains n'auront plus le choix de leur mode de paiement. À partir de maintenant, les revenus issus du programme Original Content Rewards et des abonnements seront exclusivement versés via X Money, le portefeuille numérique maison lancé en bêta en novembre 2025. Pas d'alternative. Pas de Stripe. Pas de négociation.
X Money sera le seul mode de paiement disponible pour les créateurs américains sur X à partir de septembre 2026. Les créateurs hors États-Unis continuent, eux, d'être payés via Stripe (filiale de Stripe Inc.).
Le message publié par le compte X Creators est d'une clarté chirurgicale : « Starting today, U.S. payouts for Original Content Rewards and Subscriptions will be paid through X Money. » Traduction pour ceux qui l'auraient raté : vous prenez ce qu'on vous donne, ou vous ne prenez rien.
Ce que X Money vous impose concrètement
X Money est le portefeuille numérique intégré à l'application X, permettant de recevoir, stocker et dépenser des fonds directement dans l'écosystème de la plateforme, via une carte Visa associée et des retraits aux distributeurs automatiques.
Pour ouvrir un compte X Money, il faut vérifier son numéro de téléphone dans l'application. Et être abonn�� payant à X Premium. Ce dernier point n'est pas une nouveauté : l'accès au programme de monétisation pour les créateurs exigeait déjà un abonnement Premium. Donc, sur le papier, pas de changement de fond.
Sur le papier.
Parce que dans les faits, ce que X impose ici, c'est l'intégration forcée dans son propre système financier. Vous ne choisissez plus où atterrit votre argent. Il atterrit chez X. Et il y reste, jusqu'à ce que vous décidiez d'en faire quelque chose à l'intérieur de l'application.
Cross River Bank : le banquier discret qui rend tout ça possible
X Money n'est pas une banque indépendante. La plateforme a conclu un accord avec Cross River Bank pour opérer ses comptes de paiement, y compris la carte Visa débit associée. C'est Cross River Bank qui détient les agréments réglementaires, pas X.
Ce n'est pas un détail. X a essuyé des refus de plusieurs États américains pour obtenir sa propre licence de transmetteur de fonds, notamment en raison de ses liens capitalistiques avec des investisseurs du Moyen-Orient. L'accord avec Cross River Bank lui a permis de contourner ces obstacles réglementaires et de relancer le déploiement de X Money à l'échelle nationale en 2026.
Bilan : X vend une infrastructure de paiement maison. Mais c'est un acteur bancaire tiers, agréé par les régulateurs américains, qui porte le risque. Bonjour le montage.
La sécurité, le gros angle mort de l'opération
Pendant que X pousse ses créateurs à centraliser leurs revenus dans l'application, TechCrunch rapportait début septembre 2026 une recrudescence significative des tentatives de piratage de comptes X, ciblant précisément les données liées à X Money.
On parle de hackers qui s'attaquent à des comptes pour accéder aux fonds et informations bancaires des utilisateurs. Au moment où X décide de concentrer les flux financiers de ses créateurs dans une seule et même application. La coïncidence est inconfortable.
X dit travailler sur le sujet. Ce qui, dans le vocabulaire des Big Tech, peut vouloir dire à peu près n'importe quoi.
L'« everything app » à marche forcée
Ce n'est un secret pour personne : Elon Musk a toujours voulu transformer X en super-application, sur le modèle de WeChat en Chine. Paiements, messagerie, actualités, divertissement, e-commerce : tout dans une seule interface. X Money est une pièce centrale de cette ambition.
Le problème, c'est que X Money reste pour l'instant cantonné aux États-Unis, ce qui limite considérablement la portée du projet. Et que forcer la main à ses créateurs sur les paiements, dans un contexte de défiance croissante envers la plateforme (X continue de perdre des utilisateurs en Europe), c'est jouer avec le peu de confiance qu'il lui reste.
Les créateurs américains n'ont pas le choix, donc ils s'exécuteront. Mais les créateurs ont une mémoire. Et un passeport pour d'autres plateformes.
À très vite,
SJ