Mark Zuckerberg est la personne la moins appréciée des États-Unis, toutes tendances politiques confondues. Républicains, démocrates : tout le monde s'accorde sur au moins un point.
C'est ce que révèle une enquête du Center for Public Opinion de l'UMass Lowell, menée en partenariat avec YouGov (septembre 2026). Zuckerberg y obtient les scores de popularité les plus bas parmi l'ensemble des personnalités publiques testées. Pas juste dans un camp. Dans les deux. La donnée a resurgi sur Reddit, sur le forum r/DataisBeautiful, dans la foulée du décès de la chanteuse Dolly Parton. Histoire de comparer les cotes d'amour. Résultat sans appel.
Très bien. Maintenant, voyons ce que ça change concrètement.
Un empire d'IA qui repose sur la confiance. Quelle confiance ?
Mark Zuckerberg veut vous équiper d'un agent IA personnel, disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, capable de gérer votre santé, vos finances, votre carrière, vos relations, vos hobbies. Il a couché ça dans un manifeste de 6 500 mots publié début septembre 2026. Citation directe, parce qu'elle mérite qu'on s'y arrête :
« Chacun aura un agent personnel d'une capacité exceptionnelle, qui vous comprend, comprend vos objectifs et tout ce qui vous importe. Votre agent travaillera 24h/24 en votre nom pour améliorer vos relations, votre santé, votre carrière, vos finances, la gestion de votre foyer, vos loisirs, et bien plus encore. »
Pour que ça fonctionne, Meta aura besoin de données personnelles. Beaucoup. Une quantité massive de données sensibles, médicales, financières, comportementales. L'IA de Meta doit pouvoir accéder à l'ensemble de votre vie pour prétendre la gérer à votre place.
Vous m'avez bien lu.
Et c'est là que le problème devient franchement comique, si on n'avait pas si peur d'en rire : l'homme qui veut que vous lui confiiez les données les plus intimes de votre existence est précisément celui en qui les Américains ont le moins confiance. Toutes opinions politiques confondues. Dans un pays où les républicains et les démocrates ne sont d'accord sur à peu près rien, Zuckerberg est l'union sacrée.
Les lunettes "perve glasses" et les autres casseroles
Meta essaie de redorer son image. L'entreprise vient de signer un accord de grande ampleur sur l'encadrement de l'usage des réseaux sociaux par les mineurs. Bon. Acte noté.
Mais en parallèle, ses lunettes connectées équipées d'une caméra, les Ray-Ban Meta, se font surnommer "perve glasses" aux États-Unis, littéralement : lunettes de pervers. La raison est simple : des utilisateurs les ont portées pour filmer des inconnus dans la rue, dans les transports, dans les espaces publics, sans leur consentement. Un étudiant a même démontré en quelques minutes qu'il pouvait identifier une personne croisée dans le métro, retrouver son nom, son adresse, ses informations personnelles, juste avec les lunettes et un moteur de recherche inversé.
Bonjour le foutage de gueule.
Alors quand Zuckerberg explique que son IA va "améliorer vos relations" et "gérer votre vie", on a le droit de se demander de quelle vie il parle. La vôtre, ou celle qu'il a déjà commencé à collecter.
Le déficit de confiance : un mur structurel, pas conjoncturel
Ce que cette enquête UMass Lowell / YouGov met en lumière, ce n'est pas une mauvaise passe. C'est l'état d'un crédit épuisé. Meta porte des années de scandales de données (Cambridge Analytica, pour ceux qui ont la mémoire courte), de manipulation algorithmique documentée, de désinformation tolérée puis instrumentalisée, de volte-faces réglementaires. Le trust deficit, comme disent les Anglo-Saxons, s'est creusé sur dix ans.
Et maintenant, Zuckerberg arrive avec son manifeste et sa grande idée : "faites-moi confiance, donnez-moi encore plus de données, et cette fois ce sera pour votre bien."
Pas de commentaire.
La question n'est pas de savoir si un agent IA personnel pourrait être utile. Elle est de savoir qui vous laisseriez entrer chez vous, dans votre téléphone, dans votre dossier médical, dans vos comptes bancaires. Et si la réponse de la majorité des Américains, y compris ceux qui votent à l'opposé les uns des autres, est "surtout pas lui" : c'est un problème existentiel pour le projet, pas un problème de communication.
Meta peut acheter des campagnes de notoriété, signer des chartes et financer des accords sur la protection des mineurs. Ça ne suffira pas à convaincre les gens de confier leur vie à un algorithme portant la signature d'un homme qu'ils n'apprécient pas.
À très vite,
SJ