La Nouvelle-Zélande vient de rejoindre le club des pays qui veulent interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Son Online Safety Bill obligerait des plateformes comme Instagram (Meta), TikTok, Snapchat et Facebook à vérifier l'âge de leurs utilisateurs avant de leur ouvrir la porte. Belle intention. Sauf que le texte ne sera probablement pas examiné avant les élections de novembre (Bloomberg, août 2026). Autrement dit : c'est une annonce. Pas une loi.
Un effet de groupe qui ne prouve rien
La Nouvelle-Zélande rejoint une liste qui s'allonge : l'Australie a été pionnière, la France a suivi avec son interdiction aux moins de 15 ans votée en janvier 2026, d'autres régions du monde s'y mettent à leur tour. Tout le monde interdit. Tout le monde se congratule. Et pendant ce temps, les gosses continuent de scroller.
Parce que l'Australie, justement, vient de publier un premier bilan. Six mois après l'entrée en vigueur de son interdiction, considérée comme le test grandeur nature le plus ambitieux au monde en matière de restrictions d'âge sur les réseaux sociaux, l'eSafety Commissioner australien a rendu ses conclusions (août 2026). Elles sont, disons, édifiantes.
Bilan.
Et ce, malgré des suppressions massives de comptes : Meta a annoncé avoir désactivé 750 000 comptes d'utilisateurs mineurs en Australie depuis le début des restrictions (Meta, août 2026). 750 000 comptes supprimés. Zéro impact mesurable sur le bien-être. Vous m'avez bien lu.

Interdire ne suffit pas : ce que l'exemple australien devrait nous obliger à regarder en face
Les adolescents trouvent toujours un moyen de se connecter. C'est une constante, pas une surprise. Ce qu'on réussit à faire avec ces lois, c'est les pousser des grandes plateformes vers des espaces moins régulés, moins modérés, moins visibles. Des endroits où personne ne surveille rien. Plusieurs experts l'ont dit, répété, documenté : les alternatives auxquelles les ados se rabattent peuvent être bien moins sûres que les plateformes grand public qu'on cherche à leur interdire. Bonjour le foutage de gueule.
L'autre problème, massif, c'est la vérification de l'âge. En Australie, la méthode la plus utilisée par les mineurs pour contourner l'interdiction reste la plus basse technologie du monde : ils entrent une date de naissance incorrecte. Les plateformes ne vérifient pas. Les plateformes ne peuvent pas vérifier, tant que des dispositifs techniques sérieux ne sont pas imposés et standardisés.
C'est précisément là que se joue le vrai débat. Pas dans l'annonce d'une loi. Dans les mécanismes concrets de contrôle de l'âge, dans leur fiabilité, dans leur indépendance vis-à-vis des plateformes elles-mêmes. Tant que ce chantier n'est pas traité sérieusement, les Online Safety Bills du monde entier resteront de belles déclarations d'intention.
La Nouvelle-Zélande a le mérite de vouloir protéger ses jeunes utilisateurs. Mais elle ferait mieux de regarder attentivement ce qui se passe de l'autre côté de la mer de Tasman avant d'aller plus loin. L'Australie a ouvert la voie. Elle montre aussi, pour l'instant, les limites du chemin.
À très vite,
SJ