80 % des Américains veulent des restrictions sur les réseaux sociaux pour les mineurs. Seulement 20 % s'y opposent. C'est l'enquête Pew Research, plus de 9 000 adultes interrogés, publiée ce 1er juillet 2026.
Vingt pour cent.
Ce chiffre, gardez-le en tête, on y reviendra.
Les interdictions font consensus, mais ça marche vraiment ?
Soixante pour cent des sondés soutiennent des restrictions d'usage des réseaux sociaux pour les adolescents. Pas une timide majorité : une majorité franche, massive, qui transcende les clivages politiques habituels. Pew note d'ailleurs que le sentiment a évolué de façon significative depuis sa précédente enquête similaire, en 2023. En trois ans, les Américains ont changé d'avis. Pas dans le sens d'une tolérance accrue, non, dans le sens d'un durcissement.
Le contexte, vous le connaissez. L'Australie a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans en décembre dernier. Le Royaume-Uni vient d'annoncer l'interdiction pour les ados de diffuser en direct sur les applis sociales. La Turquie, le Canada et d'autres suivent le mouvement. En France, on n'en est plus aux déclarations : les moins de 15 ans sont interdits de réseaux depuis le vote de janvier 2026.
Tout le monde y va. Tout le monde applaudit.
Sauf que, et c'est là où ça coince, les premiers résultats australiens suggèrent que l'interdiction n'a eu quasiment aucun impact concret sur l'accès effectif des jeunes aux applis sociales.
Voilà.
L'interdiction, grand bluff rassurant
Je vais vous dire ce qui se passe vraiment, parce que visiblement il faut le répéter.
Les gosses ne sont pas nés avant internet. Ils sont nés dedans. La pandémie de COVID-19 a fini le travail : quand vous forcez des enfants à passer dix-huit mois en ligne comme seul mode de lien social, vous n'êtes pas surpris, deux ans plus tard, que les gaming worlds et les réseaux sociaux soient devenus leur terrain de jeu principal. Ce n'est pas de la dépendance pathologique. C'est leur manière d'exister ensemble.
Interdire TikTok à un ado, ça ne le renvoie pas jouer dehors avec ses copains comme en 1987. Ça le pousse sur une autre appli. Potentiellement avec moins de garde-fous, moins de systèmes de modération, moins de protection. Bonjour le foutage de gueule. On les protège en les envoyant sur des plateformes moins régulées.
Et les consoles de jeux ? Et les applis de messagerie ? Les interdictions actuelles n'en tiennent pas compte. Un gamin interdit de Instagram peut continuer à interagir via Discord, via les chats intégrés à ses jeux en ligne, via n'importe quel outil que les parents ne savent pas nommer.
Les enfants sont beaucoup trop à l'aise avec la technologie pour être coupés du flux. Tant qu'un seul de leurs amis est en ligne, ils trouveront un moyen d'y être aussi.
Alors quoi, on abandonne ?
Non. Mais la vraie réponse n'est pas dans les interdictions par âge, aussi satisfaisantes soient-elles à voter.
Elle est dans des standards de sécurité en ligne uniformes et contraignants, des standards qui tiennent toutes les plateformes responsables des mêmes obligations de protection. Pas TikTok d'un côté, Meta de l'autre, chacun avec ses propres règles, ses propres curseurs, ses propres lobbies. Des règles communes. Des obligations identiques. Une responsabilité partagée.
Et tant qu'on y est : des approches qui s'attaquent aux incitations algorithmiques qui amplifient les contenus clivants, anxiogènes, parfois franchement dangereux. Parce que le problème n'est pas que les ados soient en ligne. Le problème, c'est ce que les algorithmes leur servent, minute après minute, pour maximiser l'engagement.
80 % des Américains veulent des restrictions. C'est réel, c'est documenté, c'est légitime. Mais vouloir protéger ses enfants et savoir comment le faire sont deux choses très différentes.
À nous de ne pas confondre le sentiment avec la solution.
À très vite,
SJ