Meta Muse fait des appels téléphoniques pour vous. Enfin, pas tout à fait.
Meta Muse, l'agent IA de Meta (Facebook, Instagram) lancé début septembre 2026, est capable de passer des appels téléphoniques à votre place : réservations, demandes de tarifs, ce genre de choses. Sauf qu'une partie de ces appels ne sont pas passés par une IA. Ils sont passés par des humains.
Des employés de Meta. Recrutés pour faire semblant que c'est un robot.
Bonjour le foutage de gueule.
Ce que Meta a annoncé, et ce que 404 Media a révélé
Alexandr Wang, Chief AI Officer de Meta, a annoncé la semaine dernière l'extension des capacités d'appels sortants de Muse. L'idée : l'agent IA contacte des entreprises en votre nom, vous évite d'attendre vingt minutes en musique d'ascenseur pour réserver une table ou obtenir un devis. Pratique sur le papier.
Sauf que, selon des informations internes révélées par 404 Media, Meta teste en parallèle un système de bascule : quand Muse bloque ou que la requête est trop complexe, des agents humains formés prennent le relais. L'utilisateur, lui, ne le sait pas.
Un. Tiers. Non, je n'ai pas de chiffre précis sur la proportion de ces appels traités par des humains. Meta ne l'a pas communiqué. Ce qui est déjà, en soi, un chiffre.
Déjà vu. Non, vraiment : déjà vu.
Parce que Meta a exactement fait ça avant. Il y a plus de dix ans.
En 2015, Meta lançait M, un agent IA intégré à Messenger. La promesse : un assistant capable de répondre à vos questions et d'accomplir des tâches à votre place, appeler un restaurant pour réserver une table par exemple. M était alimenté à la fois par de l'IA et par des humains chargés d'intervenir quand le bot coinçait. Les utilisateurs ne savaient pas quelle partie de leur demande avait été traitée par une machine ou par une personne.
Ça n'avait pas marché.
Le problème : impossible à scaler. Les coûts d'un système hybride humain-machine explosent vite. L'intérêt des utilisateurs, lui, ne s'est jamais vraiment manifesté. Casey Newton, alors journaliste pour The Verge, avait rapporté en 2018, au moment de l'annonce de la fermeture du projet M, qu'il avait personnellement trouvé peu d'utilité à l'outil. Il en avait parlé à Mark Zuckerberg en personne. Réponse de Zuckerberg : son expérience était représentative de celle de beaucoup d'utilisateurs.
Voilà.
Meta a quand même tenté de formaliser l'approche "humain discret"
Selon un reportage de Reuters, Meta avait testé ce qu'il appelait une approche de type "concierge humain" pour compléter les réponses de Meta AI avec de vrais employés. Ce projet a depuis été abandonné, non pas pour des raisons éthiques particulièrement glorieuses, mais parce que la direction a identifié un risque d'exposition des données privées des utilisateurs à des sous-traitants humains.
Pas de commentaire.
Alors, 2026 sera-t-il différent de 2015 ?
Peut-être. L'IA a progressé, c'est indéniable. Les modèles de langage actuels sont sans commune mesure avec ce qui existait il y a dix ans. Il est raisonnable de supposer que la proportion d'appels nécessitant un relais humain diminuera à mesure que Muse monte en compétence.
Mais la question de fond reste entière : les utilisateurs veulent-ils vraiment qu'un agent IA, ou un humain se faisant passer pour lui, passe des appels en leur nom à leur insu ? Meta semble convaincu que oui. La phrase de clôture de l'article original d'Andrew Hutchinson pour Social Media Today (22 septembre 2026) est assez parlante : Meta reste persuadé que ses agents IA amélioreront la vie des utilisateurs. "Qu'ils le veuillent ou non."
C'est ça qui mérite qu'on s'y attarde. Pas l'exploit technique. La posture.