64 727 103. C'est le nombre d'utilisateurs actifs mensuels que X revendique dans l'Union européenne au premier semestre 2026. Chiffre auto-déclaré, sans vérification par un institut tiers, communiqué dans le cadre du Digital Services Act (DSA), le règlement européen qui oblige les grandes plateformes à rendre des comptes sur leur audience et leurs pratiques de modération. Autrement dit : X se note lui-même. Ce que ce chiffre cache, en revanche, c'est une histoire de chute libre suivie d'un plateau. Et ça, c'est nettement moins flatteur.
X dans l'UE : 65 millions d'utilisateurs, mais une audience qui s'est effondrée de 37 % en six mois
X comptabilise 64 727 103 utilisateurs actifs mensuels dans l'Union européenne au premier semestre 2026, selon son rapport de transparence DSA couvrant janvier à juin 2026. Maintenant, regardons ce que ce chiffre dissimule.
Dix pays concentrent 85 % de cette audience, soit 55 075 422 utilisateurs sur les 64,7 millions recensés. Le classement, pays par pays :
- France : 12 388 560 utilisateurs actifs mensuels (S1 2026)
- Espagne : 11 032 194
- Allemagne : 9 954 390
- Pays-Bas : 5 074 285
- Italie : 5 069 933
- Pologne : 4 944 745
- Suède : 1 722 494
- Irlande : 1 660 059
- Belgique : 1 650 732
- Portugal : 1 578 030
Les 17 autres États membres se partagent les 9 651 681 utilisateurs restants. De l'Autriche, onzième avec 969 692 utilisateurs, jusqu'à Malte qui ferme la marche avec 90 088 comptes actifs. Bref, X, c'est avant tout un réseau d'Europe de l'Ouest.
Ce qui est moins anecdotique, c'est la trajectoire. Le semestre précédent (juillet-décembre 2025) affichait déjà 64 767 887 utilisateurs, soit une quasi-stabilité (-0,06 %). Très bien. Sauf que ce plateau succède à un effondrement brutal : entre avril et juin 2025, X recensait encore 102 004 250 utilisateurs en Europe, en hausse de 7,6 % sur la période précédente (rapport de transparence X, DSA, 2025). Puis.
Moins 37 %.
En l'espace d'un semestre, le réseau social racheté par Elon Musk a perdu plus d'un tiers de son audience européenne. Trente-sept pour cent. Vous m'avez bien lu. Et depuis, le compteur est figé autour de 64,7 millions. Stabilisé. À un niveau très largement inférieur à ce qu'il était.
Pourquoi les rapports DSA ne couvrent pas tous la même période ? La période avril-juin 2025 ne couvre que trois mois, contre six pour les autres. Un règlement d'exécution de la Commission européenne, adopté en novembre 2024, a harmonisé les rapports DSA sur l'année civile à compter du 1er juillet 2025, avec des semestres calés sur janvier-juin et juillet-décembre. Ce rapport intermédiaire a permis à X d'aligner son calendrier sur cette nouvelle échéance.
La France, premier marché européen de X : 12,4 millions d'utilisateurs, après une chute de 33 %
La France est le premier marché européen de X avec 12 388 560 utilisateurs actifs mensuels au premier semestre 2026, selon le rapport de transparence DSA de la plateforme. Stable par rapport au semestre précédent (+0,95 %, contre 12 271 889 utilisateurs). Mais là encore, ce calme plat mérite qu'on remonte un peu.
Entre avril et juin 2025, la France comptait encore 18 401 541 utilisateurs, en progression de 5,6 % sur la période précédente (rapport de transparence X, DSA, 2025). Puis, au second semestre 2025 : moins 33 %. D'un coup. Comme si un tiers des utilisateurs français avaient tiré un trait sur la plateforme entre l'été et la fin de l'année.
La trajectoire française suit exactement le même schéma que la moyenne européenne. Ce n'est pas un phénomène franco-français. C'est généralisé. Ce qui, si vous voulez mon avis, rend la question encore plus intéressante : qu'est-ce qui s'est passé, exactement, à l'été 2025 ?
La coïncidence qui fait réfléchir : Grok, les deepfakes et l'amende DSA
La chute de 37 % de l'audience européenne de X coïncide avec une période de polémiques majeures autour de la plateforme, notamment autour de Grok, son assistant d'intelligence artificielle intégré. Les rapports de transparence DSA n'expliquent rien : ils comptent des têtes, c'est tout. Mais les dates parlent d'elles-mêmes.
Le 5 décembre 2025, la Commission européenne a infligé à X une amende de 120 millions d'euros, première sanction prononcée dans le cadre du Digital Services Act (DSA). Motifs retenus : conception trompeuse de la coche bleue payante, manque de transparence du répertoire publicitaire, absence d'accès aux données pour les chercheurs. Bonjour le foutage de gueule.
Le 26 janvier 2026, la Commission a ouvert une nouvelle enquête formelle visant directement Grok, après la diffusion de deepfakes sexuels de femmes et de mineurs générés par l'outil. Des hypertrucages. De mineurs. Générés par l'IA maison d'une plateforme qui compte des dizaines de millions d'utilisateurs européens.
Pas de commentaire.
Mi-juillet 2026, la Commission européenne a validé un plan d'action correctif proposé par X pour se mettre en conformité sur l'accès aux données des chercheurs et la transparence du répertoire publicitaire. La plateforme dispose de six mois pour appliquer ces mesures, sous surveillance renforcée de Bruxelles. On attend de voir.
Ce que ces chiffres DSA nous disent, au fond, c'est moins l'état de X aujourd'hui que la vitesse à laquelle une plateforme peut se vider quand elle accumule les casseroles. 37 % d'audience perdue en un semestre. C'est massif. Et les 64,7 millions qui restent ? Ils ont peut-être juste moins d'endroits où aller.
Méthodologie : les chiffres cités proviennent des rapports de transparence publiés par X dans le cadre du Digital Services Act (DSA), couvrant les périodes octobre 2024-mars 2025, avril-juin 2025, juillet-décembre 2025 et janvier-juin 2026. Ces données sont auto-déclarées par X et n'ont pas fait l'objet d'une vérification indépendante par un organisme tiers.