Meta veut votre argent. En plusieurs versements.
Quelques mois de tests, une annonce discrète, et voilà : Meta officialise le déploiement de nouvelles formules d'abonnement sur Facebook, Instagram et WhatsApp. Les abonnements payants, c'est terminé d'être une lubie de Elon Musk. C'est désormais la stratégie assumée de la moitié du web.
Naomi Gleit, directrice produit de Meta, a présenté la gamme des nouveaux Meta Plus. Concrètement, chaque application hérite de sa propre formule premium, avec des fonctionnalités exclusives pour les utilisateurs qui sortent la carte bleue.
Ce que vous payez et pour quoi
Instagram Plus : 3,99 $ par mois. Repéré en test dès mars, il donne accès à des statistiques sur vos Stories, de nouvelles animations de Superlike (oui, ça existe), et surtout la possibilité de prolonger une Story au-delà des 24 heures. Fascinant.
WhatsApp Plus : 2,99 $ par mois. Testé en avril. Au menu : des stickers supplémentaires, des thèmes d'interface et des sonneries premium. Des sonneries premium sur WhatsApp. Pas de commentaire.
Meta promet d'autres fonctionnalités à venir. L'idée est claire : chaque application de l'empire devient une mini-plateforme d'abonnement, sur le modèle de Snapchat+ ou de X Premium. Des petits extras qui font tilt chez ceux qui passent leur vie sur ces applis, et qui sont prêts à payer pour ne pas passer pour des utilisateurs basiques.
Ces offres s'ajoutent à Meta Verified, le programme existant lancé en 2023 dans le sillage des annonces d'Elon Musk chez X. Meta Verified cible plutôt les créateurs et les marques : protection contre l'usurpation d'identité, accès au support Meta (bonne chance). Ce n'est pas tout à fait la même cible.
Meta Verified rapporte combien, exactement ? Bonne question.
Meta n'a publié aucun chiffre officiel sur le taux de souscription à Meta Verified. Aucun. Mais en épluchant les rapports trimestriels, on peut estimer, et c'est une estimation, soyons clairs, qu'environ 35 millions d'utilisateurs de Facebook et Instagram auraient souscrit à ce jour. Ce qui représenterait quelque chose comme 2 milliards de dollars de revenus annuels supplémentaires.
Deux milliards. Sur une activité que Meta n'avait pas il y a trois ans.
Vous comprenez pourquoi ils continuent.
L'IA, c'est le vrai chantier
Parce que les stickers WhatsApp, c'est bien joli, mais le vrai sujet, c'est l'intelligence artificielle. Meta teste en parallèle deux formules d'abonnement IA sous la bannière Meta One :
- Meta One Plus : 7,99 $ par mois
- Meta One Premium : 19,99 $ par mois
Ces formules offrent davantage de capacité pour des requêtes plus complexes via Meta AI. Gleit parle de « demandes plus importantes et plus complexes ». Traduction : si vous voulez faire des trucs sérieux avec l'IA de Meta, vous allez payer pour avoir de la puissance de calcul.
Meta AI reste gratuit pour l'usage courant. Personne ne va vous couper l'accès à votre assistant de base. Mais si vous êtes développeur, créateur, ou que vous avez des besoins intensifs, la porte des formules payantes s'ouvre devant vous.
Les tests commenceront le mois prochain à Singapour, au Guatemala et en Bolivie. D'autres marchés comme l'Arabie saoudite, Maroc, Thaïlande, Bangladesh testent déjà des formules d'abonnement alternatives. Meta cartographie le terrain avant de déployer à grande échelle.
Meta va-t-il tout passer en payant ? Non. Et voilà pourquoi.
La question mérite d'être posée : est-ce que Meta migre progressivement vers un modèle tout-payant ?
La réponse courte : non. La réponse longue : jamais de la vie.
La publicité représente encore 98 % des revenus de Meta. Vous m'avez bien lu. Quatre-vingt-dix-huit pour cent. Le modèle publicitaire est fondé sur le reach, c'est-à-dire sur le nombre d'utilisateurs actifs. Mettre des barrières payantes sur l'accès aux apps serait un suicide commercial à court terme.
Ces abonnements sont une couche supplémentaire, pas un pivot. Une façon de diversifier les revenus, de tester la tolérance des utilisateurs au paiement, et surtout, surtout d'esquisser un début de réponse à une question qui taraude l'industrie entière : comment on monétise l'IA quand on y investit des centaines de milliards de dollars ?
Parce que c'est là que le bât blesse. Meta engloutit des sommes colossales dans ses infrastructures IA. Et pour l'instant, personne, ni Meta, ni OpenAI, ni Google DeepMind, n'a vraiment trouvé le modèle économique qui justifie ces dépenses sur le long terme. Les abonnements IA sont une piste. Une piste parmi d'autres. Pas encore une réponse.
À suivre, donc. De près.
À très vite,
SJ