64 %. Voilà ce que représente la part des Américains qui estiment que les réseaux sociaux nuisent à leur démocratie. Et ce chiffre n'a pas bougé d'un millimètre depuis 2022. Ce qui a changé, en revanche, c'est le reste du monde. Il rattrape les États-Unis. Et il est pressé.
C'est ce que révèle la dernière vague du Spring 2026 Global Attitudes Survey du Pew Research Center, conduite auprès de 37 pays. Résultat sans appel : la défiance envers les réseaux sociaux s'installe partout. Et dans certains pays, elle a carrément explosé.
Les Pays-Bas ont dépassé les États-Unis. Oui, vous m'avez bien lu.
En 2022, les Pays-Bas étaient le deuxième pays le plus négatif du baromètre Pew, avec 54 % de Néerlandais jugeant les réseaux sociaux mauvais pour la démocratie, soit dix points derrière les Américains. Aujourd'hui, ils les ont dépassés : 70 % des Néerlandais partagent ce constat, contre 64 % des Américains.
Vingt-six points de hausse en quatre ans. C'est une bascule, pas une tendance.
La France et l'Allemagne rejoignent le peloton américain. Le Royaume-Uni et le Canada accusent eux aussi des hausses significatives. Au total, dans 16 des 26 pays pour lesquels Pew dispose de données comparables depuis 2022 ou 2023, la part du public qui juge les réseaux sociaux néfastes pour la démocratie a progressé (Pew Research Center, 2026).
Ce que la médiane mondiale dit (et ce qu'elle cache)
La médiane toutes nations confondues s'établit à 35 % d'opinions négatives sur l'impact démocratique des réseaux sociaux, parmi les 37 pays enquêtés (Pew Research Center, 2026). Contre 64 % aux États-Unis. L'écart est colossal.
Mais cette médiane globale masque une fracture nette entre pays riches et pays à revenus intermédiaires. Dans les nations à hauts revenus, les opinions négatives sont systématiquement plus fortes. Les populations des pays à revenus intermédiaires restent, elles, plus mitigées.
Pourquoi ? Plusieurs hypothèses : dans les pays moins connectés historiquement, les réseaux sociaux représentent encore un outil d'émancipation, d'accès à l'information, de prise de parole. Les déceptions viendront. Elles viennent toujours. L'Occident a juste eu la désillusion en avance.
Divisions politiques : quand le constat devient consensus
Sur la question des divisions politiques, les chiffres sont encore plus édifiants. 81 % des Américains estiment que les réseaux sociaux ont amplifié les fractures politiques (Pew Research Center, 2026). C'était 79 % en 2022. Stable, donc.
Ce qui n'est pas stable, c'est ce que pensent les autres.
En Australie, en Allemagne, en Hongrie, en Pologne, en Espagne et au Royaume-Uni, environ huit personnes sur dix partagent aujourd'hui ce constat. Ce qui fait que cette opinion a progressé dans 11 des 18 pays pour lesquels Pew dispose de données comparatives (Pew Research Center, 2026).
Bilan. Ce qui était perçu comme une névrose américaine devient un diagnostic partagé.
87 %. Le chiffre qui réunit tout le monde.
Sur la question de la désinformation et de la manipulation par les fausses rumeurs, les États-Unis ne se distinguent plus : 87 % des Américains estiment qu'internet et les réseaux sociaux ont facilité la manipulation via de fausses informations. C'est exactement la médiane des pays à hauts revenus (Pew Research Center, 2026).
Pas. De. Commentaire.
Ou si, un seul : quand 87 % d'une population dit que son environnement informationnel est pollué, on n'est plus dans l'opinion. On est dans le constat clinique.
Qui utilise quoi, et ça ressemble à quoi ?
Sur les usages concrets, la situation américaine est moins atypique qu'on ne le croit. Le Pew Research Center a interrogé les répondants sur cinq plateformes : Facebook (Meta), Instagram (Meta), Snapchat, TikTok et X (anciennement Twitter).
- Facebook reste la plateforme numéro un aux États-Unis, avec des chiffres proches de la médiane mondiale.
- Instagram et TikTok suivent, là aussi dans la norme des 37 pays enquêtés.
- X : 18 % des Américains l'utilisent, exactement la médiane mondiale (Pew Research Center, 2026).
- Snapchat : seule vraie singularité américaine, avec 26 % d'utilisateurs contre une médiane mondiale de 18 %.
Sur les usages par tranche d'âge, les États-Unis ressemblent à leurs voisins à hauts revenus. Les 18-34 ans utilisent davantage Instagram, Snapchat, TikTok et X que leurs aînés. Les 35-49 ans sont la tranche la plus présente sur Facebook, comme dans la plupart des pays riches. Dans les pays à revenus intermédiaires, c'est encore la tranche des moins de 35 ans qui domine sur Facebook.
Ce que tout ça dit vraiment
Les Américains ont eu une longueur d'avance dans la désillusion. Ce n'est pas un motif de fierté. C'est un avertissement que le reste du monde commence seulement à intégrer.
64 % des Américains jugent les réseaux sociaux mauvais pour leur démocratie depuis 2022. Ils n'ont pas changé d'avis. C'est le monde qui a changé d'avis autour d'eux.
Et pendant que les opinions convergent, les plateformes continuent de fonctionner exactement comme avant. Les algorithmes de Meta (Facebook, Instagram), de TikTok et de X maximisent l'engagement. L'engagement, c'est souvent la colère, la peur, le conflit. C'est documenté, c'est mesuré, c'est su de tout le monde.
La question n'est plus de savoir si les réseaux sociaux abîment la démocratie. Apparemment, les peuples ont tranché. La question, c'est ce qu'on fait de ce constat. Et là, pour l'instant, le silence institutionnel est assourdissant.
À nous d'exiger des réponses. À nous de ne plus accepter le haussement d'épaules réglementaire. À nous de traiter ce consensus mondial comme ce qu'il est : une urgence démocratique.
À très vite, SJ